Randonnée préhistorique dans le Mercantour, par monts et merveilles

Il y a 3 semaines 49

Dans le massif du Mercantour, le mont Bégo est un familier du tonnerre et de la foudre. Tout autour, les hommes ont œuvré à d'énigmatiques gravures. En suivant à l'ouest la vallée des Merveilles ou à l'est, le vallon de Fontanalba, on remonte le temps parmi chamois turbulents et gravures de l'Âge du bronze.

Le mont Bégo, propice aux coups de tonnerre violents et aux brouillards épais, a fait l'objet d'un culte assidu pendant des millénaires. Quand les glaciers se sont retirés de la région voici 10.000 ans, ils ont livré au ciel un paysage immense et grandiose qui n'a pas manqué d'impressionner les hommes qui passaient par là : des chapelets de lacs entourés de grandes dalles de schistes ou de grès finement polies qui n'attendaient que l'expression de leur sens artistique.

Il y a déjà 5 000 ans, la beauté énigmatique, la force inhérente de ce décor où la foudre savait tomber dru, les a poussés à imprimer leur respect dans la pierre. Pas moins de 40.000 gravures rupestres s'éparpillent sur la roche grise, ocre et rouille autour du mont Bégo : d'un côté, la fameuse vallée des Merveilles , austère et minérale, de l'autre, sur le versant oriental, la vallée suspendue de Fontanalba, ouverte et ensoleillée.

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Du mont Bégo au musée des Merveilles, la randonnée en pratique

20 km > 11 h > + 1 500 m / - 1 500 m

Descriptif complet de la randonnée sur le TopoGuide FFRP Le Parc national du Mercantour... à pied Ref PN18 (rando n°22)

Carte IGN Top 25 n°3841 OT - Vallée de la Roya & vallée des Merveilles (PN du Mercantour, Alpes)

Le départ du mont Bégo

Tout est parti de lui. Au cœur du massif du Mercantour, dernier promontoire de l'arc alpin au sud, le mont Bégo domine les alentours de sa haute et puissante stature. On le voit déchirer l'horizon depuis Vintimille ou Antibes. Son nom viendrait d'une racine indo-européenne Beg, « le seigneur divin ». Un seigneur qui a été adoré, redouté par des générations de bergers qui ont décidé d'ouvrir un sanctuaire à ciel ouvert à ses pieds. Une randonnée - de deux jours entrecoupés d'une nuit dans un refuge ou un seul de onze heures pour les plus courageux - s'invite dans les deux vallées qui l'entourent.

Le géant joue les grands timides et ne se dévoile qu'au terme d'une longue approche. Depuis le lac des Mesches, la piste bitumée passe près de la minière de Vallauria, une ancienne mine de plomb argentifère et son village de mineurs restauré par une association. Puis, le long d'une piste caillouteuse, le randonneur a le temps d'apercevoir dans l'ordre : le cul blanc d'un chevreuil, le sombre chaos d'une gigantesque coulée de cailloux et l'éclat fauve d'un chamois avalé par une barre rocheuse.

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Les étapes

La vallée des Merveilles

Les gravures rupestres du Mercantour, que le XIXe siècle méprisant qualifiait de «graffitis incisés par des milices désœuvrées ou des bergers esseulés». Christophe Migeon

Passé le refuge des Merveilles, vers la baisse de Valmasque, le sentier s'approche de quelques gravures. Rappelons que le site est classé Monument Historique et que les gravures en dehors des sentiers balisés ne se visitent qu'en présence d'un guide-accompagnateur agréé par le parc. Les «merveilles» de la vallée sont à prendre au sens moyenâgeux du terme, celui des mirabilia, ces choses étonnantes, extraordinaires, voire surnaturelles qui confondaient nos ancêtres.

À partir du XVe siècle, quelques voyageurs curieux, comme Pierre de Montfort, se font conduire par les bergers locaux et racontent dans leurs carnets de voyage leur émotion devant ces mystérieuses gravures. Le préhistorien Emile Rivière est le premier à s'y intéresser de façon scientifique en 1877 mais il faut attendre Henry de Lumley de l'Institut de Paléontologie Humaine à Paris pour organiser à partir de 1967 le relevé systématique de toutes les gravures.

Le sentier file plein nord et avec plusieurs dalles rocheuses gravées de pétroglyphes : la roche du poignard, la dalle surélevée, la roche de l'éclat, la roche vandalisée, la paroi vitrifiée, le Christ ou la Roche de l'autel après le lac des Merveilles. Même si des panneaux d'interprétation aident à la compréhension des représentations et des techniques utilisées, les passionnés auront tout intérêt à s'attacher les services d'un guide pour ne rien manquer.

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La vallée de Fontanalba

Sous le lac du Basto, le sentier tourne plein est et descend dans la vallée de Fontanalba. Christophe Migeon

Sous le lac du Basto, le sentier tourne plein est et descend dans la vallée de Fontanalba. Le paysage s'ouvre, se fait plus accueillant. Des chamois aériens se jouent de la pente constellée de rhododendrons. Près du lac Vert, ovale de jade entouré d'une cour de mélèzes au tronc énorme, un itinéraire en boucle d'1,5 km environ s'aventure au cœur d'un musée à ciel ouvert. On se retrouve bientôt au pied d'un dièdre incliné devant un escalier qui semble monter au ciel. Comment ne pas éprouver l'impression de grimper les marches conduisant à l'autel d'un temple ? C'est la «Voie sacrée» ainsi baptisée par Clarence Bicknell, un botaniste installé à Casterino en 1897 pour recenser et cataloguer les pétroglyphes des deux vallées. Sur la droite se succèdent des gravures : poignards, figures cornues, personnages derrière des charrues, plans de champs cultivés... Au total, 284 figures poinçonnées dans le schiste sur 50 m de long.

Jusqu'à la première moitié du XXe siècle, les gens du coin pique-niquaient le dimanche au village de Casterino puis les hommes laissaient femmes et enfants pour monter voir les gravures de Fontanalba. La vallée des Merveilles ne faisait en revanche l'objet d'aucune balade. Elle n'était fréquentée que par les bergers. Personne n'avait envie de «monter à l'Enfer» comme on disait alors. La toponymie locale, riche en «cime du Diable», «Val d'Enfer» et autres «Valmasque» souligne le souci du clergé de mettre un terme à un culte païen aussi populaire que peu catholique. La contrée respire le soufre, les feux de l'Enfer et le rire du Malin.

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L'arrivée au musée des Merveilles

Outre les chamois et chevreuils, quelques marmottes sur le chemin. Christophe Migeon

Pour en savoir plus sur ces intrigants sanctuaires, direction Tende dans la haute vallée de la Roya et son musée dédié aux gravures du mont Bégo. On y apprend entre autres que le XIXe siècle, vaguement méprisant, avait qualifié ces dessins de «figures carthaginoises» ou de «graffiti incisés par des milices désœuvrées ou des bergers esseulés». Mais la forme des poignards gravés, identique à celle des armes découvertes dans des tombes de Provence ou du Piémont de l'Âge du cuivre et du bronze ancien, ne laisse aucun doute sur leurs auteurs. Ces «graffitis» sont bien l'œuvre de populations alpines méridionales du III millénaire av. J.-C. et trahissent leur obsession à s'attirer les faveurs du ciel et de la terre pour le bien des troupeaux et l'abondance des récoltes.

Sur ces rochers, des hommes venaient célébrer la terre, leur déesse mère, fécondée par la foudre du dieu taureau. Certaines des figures font penser à des pictogrammes et ressemblent aux images simplifiées qui sont à l'origine des premières écritures méditerranéennes. Il s'agit d'un langage symbolique, essentiellement religieux, où l'image permet d'établir une communication avec le divin.


Carnet pratique

Y ALLER

Départ de la randonnée depuis le lac des Mesches, à 88 km au nord-est de Nice par l'A8 jusqu'à Vintimille puis la D 6204 jusqu'à Saint-Dalmas-de-Tende, puis la D91. En juillet et août navette par bus depuis Tende et Saint-Dalmas vers Casterino avec arrêt au lac des Mesches.

QUAND PARTIR

Mieux vaut attendre la fin juin pour cette boucle à cause des risques d'enneigement. La période de juillet à septembre semble la plus indiquée, voire de juin à octobre selon les conditions météorologiques. La vallée de Fontanalba est accessible plus longtemps depuis Castérino, dès le printemps. Le refuge des Merveilles est ouvert toute l'année et les randonnées en raquette à neige sont très appréciées des amateurs. Malheureusement, les gravures sont ensevelies et donc invisibles...

OÙ DORMIR

Refuge de Fontanalba . Un refuge de montagne de 35 places pour couper agréablement en deux la randonnée. Demi-pension 45,50 €. Les réservations se font uniquement par téléphone. Tél. : 04 93 04 89 19.

Refuge des Merveilles . Un refuge posé au bord du lac Long Supérieur. 79 couchages en 4 dortoirs. Demi-pension 50,30 €. Tél. : 04 93 04 64 64.

Hôtel Chamois d'Or . À Casterino, l'une des principales portes d'entrée de la Vallée des Merveilles, un sympathique chalet de montagne à l'atmosphère élégante et chaleureuse, composé de 22 chambres, un restaurant, un spa et un bar. Tél. : 04 93 04 66 66.

BONNES ADRESSES

Merveilles, Gravures & Découvertes . Service public de visite guidée des zones archéologiques depuis le chalet du Gias des Pasteurs sur Fontanalba. Du 15 juin au 30 septembre, 15 €. Tél : 06 86 03 90 13.

Musée des Merveilles . Avenue du 16 septembre 1947, 06430 Tende. Tél : 04 93 04 32 50.

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