La course d’obstacles des Français qui voyagent malgré tout en Europe

Il y a 1 mois 790

TÉMOIGNAGES - Naviguant entre couvre-feux et restrictions, des touristes rejoignent en avion des destinations européennes. Des vacances ou week-ends de plus en plus compliqués à organiser, les contrôles se renforçant notamment au retour en France.

Le besoin d’ailleurs est trop fort pour certains. Malgré les restrictions qui régissent les voyages sur le Vieux continent, strictement « déconseillés » par le gouvernement pour contenir la pandémie de Covid-19 et les risques liés aux variants – les déplacements hors Europe étant prohibés jusqu’à nouvel ordre, sauf « motifs impérieux »- des Français s’autorisent pourtant une sortie en avion dans les pays voisins. Une escapade pour profiter du soleil, d’un verre en terrasse ou de sites désertés par les touristes, qui prend des allures de gymkhana.

À lire aussi :Passeport vert, passeport vaccinal, certificat sanitaire… Petit lexique du voyageur au temps du Covid-19

En période de nouvelle flambée du virus, il faut composer avec les restrictions sanitaires au départ ou sur place, guetter jusqu’à la dernière minute les éventuels tours de vis comme en Italie depuis lundi… Mais aussi prendre en compte une offre de déplacement encore réduite et l’obligation de fournir un test PCR négatif datant de moins de 72 heures au retour dans l’Hexagone. Les Français que nous avons interrogés et qui se sont déplacés récemment le constatent, le corset des contrôles s’est bel et bien resserré. Témoignages.

À lire aussi :Vacances d'été : faut-il réserver dès à présent ou attendre la dernière minute ?

Venise : «Les liaisons directes en avion sont suspendues»

Olivier, 50 ans, cadre dans le secteur bancaire, Montpellier

« Mon épouse et moi revenons d’une semaine de vacances à Venise, un voyage qui s’est décidé à la dernière minute. Nous y avions déjà séjourné plusieurs fois mais c’est uniquement à cette occasion que nous avons eu le sentiment que Venise était véritablement la Sérénissime ! Nous avons eu de la chance, car la région Vénétie était passée de zone jaune à orange le 8 mars, soit quelques jours après notre retour (une grande partie de l’Italie se reconfine depuis ce 15 mars et jusqu’au 6 avril, NDLR).

Les formalités d’entrée sont assez minutieuses : nous avons réalisé un test antigénique la veille du départ, rempli une déclaration sur l’honneur et signalé par e-mail notre arrivée auprès de l’autorité sanitaire locale. Concernant les vols, nous avons payé plus cher qu’en temps normal à cause de la rareté de l’offre. Les liaisons low cost directes depuis les aéroports les plus proches (Montpellier, Marseille et Lyon) étant visiblement suspendues, nous avons choisi un vol au départ de Lyon, avec escale à Francfort.

À lire aussi :Masque chirurgical, FFP2... Quel modèle faut-il dans l'avion ?

Les contrôles étaient systématiques. À l’aller, l’enregistrement en ligne pour nos vols n’était pas possible. Nous avons dû passer par le comptoir d’enregistrement qui a contrôlé la validité de nos tests. Lors de notre transit à Francfort, la police allemande nous a demandés à la descente de l’avion si nous venions de Moselle ! Et à notre arrivée à Venise, la police italienne a vérifié la date du test. Nous avons eu droit aux mêmes contrôles à notre retour. Nous avons obtenu auprès du consulat de France une liste de laboratoires à contacter pour nous faire dépister avant de rentrer. Nous avions pris rendez-vous avant de quitter la France afin d’être sûrs d’obtenir les résultats dans les temps. Les tests PCR nous ont tout coûté 112 € chacun - où l’on se rend compte de la qualité de la prise en charge en France !

À lire aussi :Vidée de ses touristes, Venise prépare sa renaissance

Concernant notre séjour en lui-même, il fut exceptionnel dès notre arrivée à Venise. Nous étions seuls dans le bateau taxi partagé qui nous a conduits vers le Grand Canal. Un taxi privatif nous aurait coûté le double. La lagune était préservée des grands paquebots tant décriés par les Vénitiens, tandis que les groupes de touristes étaient absents des ruelles de la ville.

La vision des gondoles amarrées le long des canaux et des quelques gondoliers qui essayaient d’attirer le chaland, et d’hôtels et de cafés fermés nous a rappelé que la pandémie n’était pas sans conséquence sur l’économie locale… Venise était pour ainsi dire rendue aux Vénitiens et aux Italiens. Le flux des étudiants et des sorties de bureau témoignaient d’une vie presque normale, malgré la fermeture des bars et restaurants à 18 heures et le couvre-feu à 18 heures. Des restrictions qui ne nous ont pas empêchés de visiter certains musées qui accueillaient le public certains jours de la semaine sur rendez-vous uniquement. »

Lire le dossier :Italie : le guide de voyage du Figaro

Barcelone: «Mon test PCR a été contrôlé quatre fois à ma descente d’avion»

Sacha, 25 ans, avocate, Paris

« Je me rends régulièrement à Barcelone depuis le début de l’année pour des motifs personnels. Comme pour tout déplacement vers l’Espagne, je dois à chaque fois réaliser un test PCR datant de moins de 72 heures et remplir un formulaire en ligne avant le départ afin d’obtenir un QR code nécessaire à l’embarquement. Lors de mon dernier voyage début mars, curieusement, les contrôles ont été plus stricts au retour qu’à l’aller. Entre Paris et Barcelone, personne n’a vérifié mon test PCR. Seul mon QR code a été scanné par la douane espagnole. Sur le vol retour, je n’ai pas été contrôlée à l’embarquement, mais à mon arrivée à l’aéroport Paris-Charles de Gaulle, mon test PCR a été vérifié trois ou quatre fois entre le moment où je suis descendue de l’avion et celui où j’ai quitté l’aéroport !

Se faire dépister à Barcelone est une vraie galère. J’ai dû prendre rendez-vous dans une clinique privée et voir un médecin au préalable. N’étant pas hispanophone, ces démarches ont été assez stressantes. Heureusement, j’ai pu obtenir l’aide d’amis barcelonais. Le test coûte 63 € et n’est pas remboursé. Malgré les restrictions en vigueur dans toute la Catalogne [à ce jour, l’épidémie a fait plus de 11.500 morts uniquement dans la province, NDLR], la vie à Barcelone m’a semblé plus décontractée qu’en France. Le port du masque est obligatoire dans l’espace public, même si j’ai pu constater un peu plus de laisser-aller. Le couvre-feu ne débute qu’à 22 heures, ce qui laisse l’occasion de profiter de l’ambiance locale. Dans les restaurants, le nombre de personnes par table est limité à quatre personnes. Les bars sont ouverts, mais on ne peut consommer qu’en terrasse. »

Cracovie : «Les contrôles aux frontières sont devenus systématiques»

Antoine, étudiant en école de commerce, Paris

« Je rentre d’un séjour de deux semaines à Cracovie. Un déplacement que je réalise à peu près tous les deux mois depuis le début de la crise sanitaire pour rendre visite à ma compagne. Depuis le 28 décembre, la Pologne impose une quarantaine de 10 jours aux voyageurs en provenance de l’UE, sauf si l’on dispose d’un test PCR négatif de moins de 48 heures. Lors de mon dernier départ, fin février, j’ai fait une escale à Amsterdam. Cela m’a obligé à réaliser, en plus, un test antigénique à l’aéroport à Paris, car le double test est exigé par les autorités néerlandaises.

À lire aussi :Le vaccin, nouveau sésame pour voyager ?

Au fil de mes différents séjours sur l’année écoulée, le principal changement concerne l’obligation de réaliser un test au retour en France [en vigueur depuis le 31 janvier 2021, NDLR]. Les tests PCR sont assez chers en Pologne, aux alentours de 100 €. Un coût dont il faut tenir compte à chaque déplacement… Mais c’est de bon augure puisque les contrôles aux aéroports sont devenus de plus en plus rigoureux. Les polices française et polonaise vérifient systématiquement les tests. L’été dernier, je n’ai jamais été contrôlé malgré la fermeté affichée des gouvernements.

Les restrictions sont moins importantes en Pologne qu’en France. Le port du masque reste obligatoire dans l’espace public. Il n’y a pas de couvre-feu, les boutiques et les musées sont ouverts et j’ai pu aller dans certains restaurants qui disposent d’espaces en extérieur. »

Lire la Suite de l'Article