Dans le Pays basque espagnol, sur la trace des chasseurs de baleine

Il y a 5 jours 9
Voyage.
Le Kaximirona rentre au port de Getaria après une semaine de pêche, au large du Pays basque espagnol. PHOTO / GEMA ARRUGAETA / EL PAÍS.

Au large de la province basque espagnole du Guipúzcoa, c’est en 1901 qu’a été tuée la dernière baleine en chaloupe. Mais le souvenir de cette activité séculaire reste vivace et s’inscrit dans le paysage, raconte l’écrivain Gabi Martínez.

Un train de marchandises file à flanc de colline au-dessus du port. Dans les bâtiments alentour, sept ouvriers s’affairent sur un échafaudage pendant que des grues portuaires soulèvent des conteneurs sur le pont de deux navires. Le soleil blafard et le ciel gris de nuages viennent parachever cette scène industrielle.

Dans la ville basque de Pasaia (appelée Pasajes en espagnol), on travaille en mer, mais aussi avec et pour elle. Une atmosphère dickensienne émane de cette localité du Guipúzcoa, l’une des provinces du Pays basque espagnol, qui cache en son sein un immense trésor. Pour accéder à celui-ci, il faut monter à bord d’une navette qui quitte le port pour jeter l’ancre dans un coude de l’embouchure, à la lisière de la pleine mer : ce trésor, ce sont les chantiers navals d’Albaola [aussi appelés Faktoria maritime basque, qui rassemblent un musée et des chantiers où sont construites des répliques de bateaux historiques, en reprenant les techniques artisanales d’époque].

Le site d’Albaola n’aurait pas vu le jour sans cette traînière du XIXe siècle [une barque de pêche traditionnelle de la région de Cantabrie, voisine du Pays basque] que Xabier Agote a reproduite alors qu’il s’initiait à la charpenterie navale dans le Maine, aux États-Unis. C’est là-bas que l’étudiant, né en 1964 à Saint-Sébastien et actuel président d’Albaola, a appris comment les baleines avaient poussé les Basques à imaginer des embarcations qui allaient largement influencer la conception des bateaux dans le monde.

Des siècles durant, les Basques ont traqué ces bêtes qui s’aventuraient près de leurs côtes, tant et si bien que les baleines franches ont fini par recevoir le surnom de “baleines basques”. Lorsqu’ils ont découvert que Terre-Neuve et la côte canadienne étaient de véritables viviers à cétacés, ils ont perfectionné leurs navires et ont envoyé des milliers de personnes pour les chasser et en extraire les produits dérivés, de la viande jusqu’à cette huile si précieuse issue du lard.

La reproduction du San Juan

D’après les historiens, les Basques ont été pendant des siècles les seuls à chasser la baleine. À tel point que le président américain Thomas Jefferson a déclaré :

Les Basques furent les premiers.”

Autrement dit, Moby Dick et le capitaine Achab n’étaient pas encore nés qu’ils étaient déjà là.

On trouve d’autres traces de cette épopée dans le musée d’Albaola. Il est aussi possible de voir et d’acheter des jouets en forme de baleines, des esquisses, des dessins et maquettes d’embarcations, ainsi que des livres sur l’histoire maritime locale et les hauts faits des ingénieurs navals basques.

Une place de choix est réservée à la une d’un National Geographic de 1985, sur la découverte des restes du San Juan qui avait sombré au large des côtes canadiennes de Red Bay, en 1565. Cette découverte a prouvé l’importance des baleiniers basques dans le monde et a marqué les débuts d’une série de recherches et de projets à l’origine de ce qui constitue aujourd’hui la Faktoria maritime basque.

Dans le musée, une porte mène au hangar qui abrite ce qui sera la pièce maîtresse de la Faktoria : la reproduction encore inachevée du San Juan. Un colosse d’un autre temps qui a commencé à prendre forme en 2013. Bien que la pandémie et d’autres impondérables aient retardé sa mise à l’eau, l’expert en patrimoine maritime Mikel Leoz estime qu’il sera “paré à naviguer” d’ici à 2022.

“120 coups de carabine”

En temps normal, il est possible de rejoindre le quartier

[...]

Gabi Martínez

Cet article est réservé aux abonnés

Pour lire les 75% restants

Lire la Suite de l'Article