À Lisbonne, terrasses recherchent touristes désespérément

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CARTE POSTALE - Lisbonne sort à pas feutrés de son deuxième confinement. Si l'équilibre est encore précaire, la vie de quartier reprend ses droits. À commencer sur les terrasses, baromètre de la joie de (re)vivre dans la capitale portugaise… En attendant les touristes.

Mauvais rêve ou triste réalité ? Le COVID-19 tient un peu des deux. À Lisbonne, où les voyageurs foulaient les roses des vents, vagues et caravelles des pavés, plus rien ne résonne. Pas même le bruit des valises à roulettes qui avait ceci d'obsédant qu'il ne s'arrêtait jamais… À l'image du flot de touristes, qui représentait, en 2019, un trafic de 31 millions de voyageurs à l'aéroport Humberto Delgado, 17,1% du PIB et 100.000 emplois au Portugal. En toute logique, la pandémie a occasionné une chute drastique de ces chiffres. Le tourisme a représenté en 2020 8,1% du PIB, soit une chute de 56,4% selon la Confédération de Tourisme du Portugal. Des chiffres impressionnants, qui permettent de saisir l'enjeu du déconfinement progressif, amorcé le 5 avril dans le pays avec la réouverture des établissements de restauration, à commencer par les terrasses de restaurants et cafés, mais aussi celle des musées, monuments et magasins jusqu'à 200m².

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Le 5 avril, donc. Une journée dont on se souvient. Le soleil avait décidé d'être de la partie, éclatant généreusement sur les terrasses. La veille de ce grand jour de réouverture, qui marquait aussi la seconde étape du plan de déconfinement du Portugal, qui a débuté le 15 mars avec l'ouverture des crèches, maternelles et 1er cycle, coiffeurs, librairies, bibliothèques… L'heure était au grand nettoyage de printemps, avant la mise en place des terrasses et celle, le 19 avril, des restaurants, cafés et pâtisseries. L'air électrique est chargé de l'excitation des répétitions générales. Toute une organisation, qu'Alexis Bourrat, à la tête du restaurant Boubou's raconte : «Il a fallu faire venir tous les employés une semaine avant, les former à nouveau, réparer les machines qui toussotaient de ne pas avoir été utilisées pendant des mois, régler des problèmes d'infiltration, repeindre les murs… Une course contre la montre !»

Le jour J, mobilier rutilant et serveurs souriants, les terrasses sont prises d'assaut partout dans la ville, le temps d'un café, d'un déjeuner ou d'une toute première Super Bock. Tableau composite, s'affranchissant des âges et des histoires personnelles pour fêter, tous ensemble, une nouvelle page de l'histoire collective. Il y a les terrasses que l'on connaît et celles nées après le premier confinement, sur la voie publique, mesure prise par le gouvernement et sujette à l'autorisation de la mairie de quartier dont chaque établissement dépend. C'est ainsi que l'on a vu fleurir à Lisbonne ces terrasses de bois, installées sur des places de parking.

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Les restaurateurs confiants, pas les hôteliers

Le 5 avril, l'heure était au grand nettoyage de printemps pour le jour-J. (Ici, la terrasse du belvédère Portas Do Sol) PATRICIA DE MELO MOREIRA / AFP

Dans une petite rue cachée du quartier branché de Príncipe Real, le restaurant Boubou's comptait déjà bon nombre d'habitués. Mais cette nouvelle opportunité a rebattu les cartes : «On a obtenu l'autorisation de créer l'une de ces petites terrasses, une véritable opportunité pour attirer une autre clientèle de passage, différente de notre clientèle régulière. On s'est aussi diversifié en développant l'offre de bar, pour compléter la restauration : nouvelle carte, nouveau bartender». Et Alexis Bourrat d'ajouter : «La clientèle d'habitués est au rendez-vous. On attend maintenant impatiemment le mois de mai pour ouvrir jusqu’à tard !» Lorsqu'on lui demande s'il est confiant, il répond humblement que «Même si je lis les journaux tous les jours, que je suis à l'affût de la moindre rumeur, je refuse d'être pessimiste ! Et puis, même si le Covid-19 a été un vrai bouleversement, il nous a sauvés : pour survivre, il fallait se remettre en question.»

Si l'avenir des restaurants, cafés et bars semble se dégager, notamment car il peut compter sur la présence d'une clientèle locale, le secteur de l'hôtellerie est encore en reste. Raul Martins, président de l'AHP (Association de l'hôtellerie portugaise), a précisé dans un entretien accordé à Antena 1 et Jornal dos Negocios que, si 30.000 employés du secteur ont été licenciés à ce jour, l'activité hôtelière au Portugal a enregistré une chute de 80% sur le premier trimestre en comparaison avec l'année dernière. Aujourd'hui, il est avéré que 10% des hôtels ne rouvriront pas leurs portes après la pandémie.

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Quant aux prévisions relatives à cet été, il les juge «passables», à condition de pouvoir compter sur les touristes européens et nord américains, si la compagnie nationale TAP maintient ses vols avec les États-Unis et le Canada. Dans ce contexte, les hôteliers portent leurs efforts sur les lieux de vie dont ils disposent (restaurants, cafés, bars), faisant passer au second plan, en attendant des jours meilleurs, leur cœur de métier…

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