Ski de rando : la glisse dans la peau

Il y a 5 jours 28

EXPÉRIENCE - La Mountain Academy On Snow est un programme de formation au ski de randonnée et à la gestion des risques en montagne. Nous l'avons testé.

Ce jour-là, le stage a lieu à La Sambuy, station village de Haute-Savoie. En fonction des conditions météorologiques et de la montagne, les lieux varient des Alpes aux Pyrénées, sur le site Internet de la Mountain Academy On Snow (MAOS), programme d'initiation et de perfectionnement à la pratique du ski de randonnée et à la gestion des risques en montagne. Un stage proposé depuis cinq ans par Salomon avec des ambassadeurs de la marque, guides de haute montagne et moniteurs de ski, mais que la fermeture des remontées mécaniques sort cette année de la confidentialité. Même l'École du Ski Français lance un nouveau programme «Neige et Montagne» pour former les skieurs à «être autonomes et responsables», en hors-piste.

«En ce moment, même sous un télésiège, le secteur n'est pas sécurisé, c'est du ski de montagne. Il faut être autonome pour surmonter tous les obstacles qui se présentent à nous», martèle Tony Lamiche, le guide de haute montagne qui nous accompagne avec deux moniteurs.

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Monter à la seule force des jambes

Les skieurs alpins qui s'initient au ski de randonnée découvrent le sens de la montée, à la seule force des jambes, peaux de phoque sous les spatules (ici à La Sambuy, en Haute-Savoie). MAOS/ Salomon

Durant deux jours, les participants qui sont tous des skieurs alpins vont apprendre à détecter les risques et monter à la seule force des jambes, peaux de phoque sous les spatules. Les coller exige une précision sans faille. Du débord, et ça dérape. Un étrier métallique permet de les fixer à la pointe des skis. En bandoulière, le détecteur de victimes en avalanche est en position émission. «Ce n'est pas quelque chose à prendre à la légère. Il ne suffit pas de l'acheter, il faut le mettre sur soi et s'entraîner plusieurs fois dans la saison à l'utiliser. Sans ça, on ne peut pas savoir où se trouve une personne sous la neige», insiste notre guide. Dans le sac à dos : une pelle et une sonde.

Avant de s'élancer, on acquiert un dernier réflexe : consulter le bulletin d'estimation du risque d'avalanche du massif. «C'est le Bison Futé de la montagne», clame Tim Théaux, moniteur dans Les 3 Vallées quand il n'officie pas pour les MAOS. Un exercice rend ce danger concret : sur une coupe de neige Tim tapote, d'abord doucement puis de plus en plus fort... D'un coup, les couches pareilles à des dominos debout s'effondrent.

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Là-haut, un chalet singulier à 1830 m

À 1830 m, le refuge Là-Haut, privatisable, propose 20 couchages dont 5 dans des chambres individuelles aménagées dans des containers de l'explorateur polaire Paul-Émile Victor. MAOS/Salomon

Entre le front de neige, à 1130 m d'altitude et le sommet de la Petite Sambuy, à 2100 m, nous passerons la nuit au refuge bien nommé Là-haut, à 1830 m. Un chalet singulier et cosy, de 20 couchages répartis entre trois dortoirs et cinq chambres individuelles aménagées dans des shelters, des containers de l'explorateur polaire Paul-Émile Victor. L'endroit, qui se privatise, compte également un bain nordique sur la terrasse et un sauna. Dans une jolie déco de tôle et de bois, on y sert un dîner de spécialités locales, et un petit déjeuner rustique que l'on prend les yeux tournés vers la pointe qui se détache dans le soleil levant et vers laquelle nous allons grimper.

La beauté du site ensorcelle. Dans le silence ouaté du chemin forestier, les skieurs habitués aux pistes balisées où toute la nature a été domptée, ne se méfient pas des arbres qui pourraient tomber. Soudain, il neige. Les repères visuels s'estompent. Mais chacun reste concentré. Il faut gérer son souffle, son endurance, s'hydrater alors que le froid fait oublier de boire, et rebaisser le rythme quand c'est plus facile.

« Les gens arrivent avec une envie d'autonomie mais leur éducation très scolaire empêche la prise de décision. L'objectif est de les rendre indépendants dans leurs pratiques et pas seulement suiveurs de traces ».

Tony Lamiche, guide de haute montagne et ambassadeur de la marque Salomon

Tony Lamiche, guide de haute montagne, montre comment se servir d'une sonde en cas d'avalanche. MAOS/Salomon

Le soleil revenu, sur la pente diamantée des empreintes interpellent. «Ce sont des traces de lapin ? D'un renard ? D'un oiseau peut-être ?», hasarde-t-on comme dans une sortie raquettes. «Ce sont des boules de neige, répond Tony. La pente est à 40°, mieux vaut ne pas traîner. Le guide nous indique un trou que l'on n'avait pas vu, un lapia typique des massifs calcaires, on peut facilement se retrouver au fond.»

Sur la pente raide, l'heure est aux conversions. La première semble impossible. Le ski se plante sur l'avant. «Recule ton genou !», entend-on. Déclic. Ça passe. On se dépasse. Tony a inventé le guide MicheLa, une web série sur la pratique de la montagne, du ski et de l'alpinisme. Il y distille avec humour ses conseils d'analyse du terrain et ses méthodes de réduction des risques. «Les gens arrivent avec une envie d'autonomie mais leur éducation très scolaire empêche la prise de décision. L'objectif est de les rendre indépendants dans leurs pratiques et pas seulement suiveurs de traces», explique-t-il. Avant de conclure : «Comment éviter que l'accident arrive plutôt que de gérer le post-accident ? C'est à cela que chaque skieur doit pouvoir répondre». La descente, en poudreuse, n'en est que plus jubilatoire.

Pratique : compter 400 € en moyenne le stage de deux jours avec l'encadrement Salomon et la demi-pension. Maos.salomon.com

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