Saint-Germain-des-Vaux, un «trou de verdure où s’abrite la mer»

Il y a 2 mois 59

Saint-Germain-des-Vaux (Manche) est comme un écrin secret. Ce trésor n'est pas sur les guides ou alors loin des incontournables. Et c'est à coup sûr parce que les auteurs n'y sont pas venus… Et ne l'ont pas déniché, ce lieu magique.

Mais Jacques Leparmentier, 71 ans, lui, le connaît mieux que personne, cet incroyable bout de terre aventuré dans la mer. Aussi, exceptionnellement, il accepte pour nous de lever discrètement un coin du voile qui a façonné toute sa vie. Jacques est pourtant un « taiseux » comme on les appelle ici. Chaque mot est pesé et point trop n'en faut. C'est plutôt par le regard que passent les choses qui comptent. Mais il suffit que la mer ne soit pas loin pour ses yeux s'illuminent. Et pour cause, en plus de connaître mieux que quiconque l'histoire du pays, il a donné ici 50 ans de bénévolat au service de la Société Nationale de Sauvetage en Mer. Il en garde, chevillé au cœur, un chaos entremêlé de soulagements et de douleurs, comme en transportent les courants bouillonnants du Raz-Blanchard tant redoutés des marins qui croisent au large de ces côtes.

Mais revenons à terre. « Saint-Germain », comme tout le monde la nomme ici, est niché tout au bout de la presqu'île de la Hague. C'en est même le point le plus septentrional, réfugié entre les falaises déchiquetées du Nez de Jobourg et Omonville-la-Petite, la commune refuge que le poète Jacques Prévert a choisi pour terminer sa vie et vivre sa mort.

Tout ici est grandiose. Et presque personne ne le sait… 320 habitants à peine jouissent, rien que pour eux, de l'Anse Saint-Martin, « l'une des plus belles de la région. La terrasse de l'Erguillère, l'hôtel du coin, surplombe l'ensemble. On voit de là d'un côté la mer à perte à perte de vue, piquetée de rochers. De l'autre, les collines verdoyantes striées de rustiques murets de pierres », désigne fièrement Jacques.

Le petit port « Racine » en contrebas est encore un joyau à lui seul. On le croirait sorti vivant d'un film d'époque. Des minuscules cabines de pêches dominent des barques multicolores que font grincer leurs aussières, tandis que sur la digue, en modèle réduit elle aussi, papotent quelques vieux magnifiques, que Prévert, le local, et Brassens, le méridional, vont regretter de ne pas avoir attendus.

Les yeux de Jacques là encore se rallument : « Racine, qui a donné son nom au port, est un corsaire célèbre du XVIIIe siècle. Après plusieurs séjours dans les geôles anglaises, il s'est installé ici, pour attendre ses proies, et puis plus tard, il a fait construire une jetée qui est devenue ce petit port. »

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Les hommes ont parfois su tirer leur audace de la grandeur du paysage. Non loin de là d'ailleurs, ils ont aussi érigé une très la belle église Saint-Germain dont les remarquables fonts baptismaux sont classés Monuments historiques.

On peut même s'élever plus haut encore dans les cieux, pour ceux qui auront la patience et la gourmandise des nuits. Faute de pollution visuelle, elles sont ici grandioses, offrant bien souvent un festival d'étoiles qui coiffe l'immensité de la mer. Pour les autres, plus terre à terre, une petite auberge de village aux volets rouges vous attend, qui a pris le nom du célèbre corsaire, Racine. On y sert pour commencer une belle bière aux saveurs de sel et de contrebande sur une terrasse jaune, qui complète à merveille la palette d'une cuisine tout aussi canaille.

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