Patrimoine : à chacun son lavoir à Pontrieux dans les Côtes-d’Armor

Il y a 2 mois 54

Il fut un temps où la machine à laver n'existait pas. Qu'il pleuve ou qu'il vente, les femmes allaient au lavoir pour nettoyer leur linge. Dans le petit village de Pontrieux, dans les Côtes-d'Armor, on en trouve cinquante! Ils furent construits à la fin du XIXe au début du XXe siècles au bord du Trieux, ce fleuve qui sépare la cité en deux. Une incongruité qui fait aujourd'hui son charme et la fierté des habitants qui les ont restaurés il y a trente ans.

Regroupés au sein de l'association Nos lavoirs, ils proposent aux visiteurs de percer les secrets de cet héritage architectural grâce à des balades en barque électrique. A peine le temps de monter à bord que Charles Jacopin, le coprésident de l'association, enchaîne illico sur le passé de cette cité autrefois prospère. Des commerçants, armateurs et teilleurs de lin (une culture très répandue) y firent fortune et construire de belles maisons bourgeoises.

« Les épouses n'avaient pas envie que leur lingerie soit lavée en public alors elles demandaient à leurs maris de construire un lavoir privé au fond du jardin », explique Charles. C'était aussi le moyen d'empêcher leurs lavandières de se répandre en indiscrétions sur le ménage.

Et comme pour beaucoup d'autres choses en ce monde, la taille comptait. Plus le lavoir était grand, plus la famille était aisée. « Certains étaient même dotés d'un petit appartement à l'étage », remarque Charles en pointant une jolie tourelle. Ces logements pouvaient être occupés par les lavandières, ou bien par les propriétaires qui voulaient changer d'air. « Les mauvaises langues disent qu'ils invitaient à l'occasion la lavandière à le rejoindre à l'étage… »

Des bénévoles dévoués au patrimoine du village

Suivie par une couleuvre d'eau, la barque serpente entre les berges et la végétation foisonnante. Des géraniums multicolores disposés dans les lavoirs égayent le parcours. De grands draps, des outils et des mannequins costumés comme au siècle dernier complètent le décor.

L'embarcation s'approche d'une autre construction, des toilettes privées qui déversaient directement dans le fleuve les déjections de ses usagers, à seulement deux mètres d'un lavoir… Charles ne se lasse pas de conter les petites et grandes histoires de Pontrieux qui abrita jadis la cartonnerie Huet d'où sortirent les premiers tickets de métro parisiens.

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« La nuit, avec les illuminations, l'ambiance est tout simplement magique », assure ce Breton d'adoption. Voilà quinze ans qu'il promène bénévolement les touristes venus de toute la France, jusqu'à 25 000 par an. Comme lui, Martine, la soixantaine, répond présent tous les étés. Pour elle, les promenades, c'est une histoire de famille. « Mes deux filles ont connu leurs maris sur les barques il y a quelques années », glisse-t-elle fièrement. Depuis, elles voguent vers de nouveaux horizons.

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