Ouverture des stations de ski : Autriche, Suisse, Italie, Andorre... ce que prévoient nos voisins pour Noël

Il y a 2 mois 54

En raison du Covid-19, les stations de ski de l’Hexagone n'ouvriront pas les remontées mécaniques pour les fêtes de fin d’année, imitant l'Allemagne. En attendant une hypothétique coordination européenne, Emmanuel Macron voudrait «dissuader» les Français voulant skier à l'étranger à Noël.

Le suspense a pris fin la semaine dernière lors de l’allocution présidentielle : les stations de ski françaises n'ouvriront pas leurs pistes pour les vacances de fin d’année, compte tenu des risques sanitaires liés à l'épidémie de Covid-19, particulièrement dans les territoires alpins. «Une concertation a été engagée par le gouvernement avec les élus locaux et les professionnels mais il me semble toutefois impossible d'envisager une ouverture pour les fêtes», a déclaré Emmanuel Macron, qui souhaite «préférable de privilégier une réouverture courant janvier dans de bonnes conditions». Une décision confirmée jeudi dernier par Jean Castex lors de son intervention.

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Les professionnels espéraient un sursis pour poursuivre la concertation engagée en novembre, comme ils l'indiquaient dans une tribune au Figaro. Ils poursuivent leur action pour tenter d'infléchir la position du gouvernement. Prochaine annonce attendue: la date précise d'ouverture des remontées mécaniques. «On en saura plus un peu avant le 15 décembre, lors du point sur le déconfinement. Nous travaillons à approfondir les conditions de cette réouverture. Début janvier, mi-janvier ou fin janvier, les opérateurs eux-mêmes ont des appréciations différentes », indiquait ce lundi Jean-Baptiste Lemoyne, le secrétaire d'État au Tourisme.

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Si le président de la République et le Premier ministre appellent de leurs vœux une décision européenne sur le sujet, la coordination continentale ne semble pas encore à l’ordre du jour. À tel point qu'Emmanuel Macron a menacé ce mardi 1er décembre de prendre «des mesures restrictives et dissuasives» pour empêcher les Français d'aller skier à l'étranger, notamment en Suisse, à Noël alors que les remontées mécaniques seront fermées en France.

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«S'il y a des pays qui maintiennent des stations ouvertes, il y aura des contrôles pour dissuader les Français» et pour «ne pas créer une situation de déséquilibre avec des stations en France».

L'Hexagone n'est évidemment pas le seul concerné par le sujet. L’Allemagne a déjà tiré un trait sur la saison en Bavière, région du sud-est du pays dont les pistes sont particulièrement prisées durant les fêtes de fin d'année par de nombreux vacanciers allemands et étrangers. L’ensemble des stations devraient rester fermées pendant les vacances décembre pour éviter la propagation du coronavirus. «Nous ne pouvons tout simplement pas passer des vacances classiques», tranchait en début de semaine dernière Markus Söder, le dirigeant conservateur de cette région.

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L'Allemagne, de concert avec la France, fait pression sur l'Union européenne pour interdire jusqu'au 10 janvier les séjours de ski et ainsi éviter une concurrence déloyale. «Je vais être honnête avec vous, ce ne sera probablement pas facile, mais nous allons essayer», a confié la chancelière Angela Merkel. L'enjeu, Outre-Rhin, est de tenter de dissuader les Allemands de se rendre en Autriche voisine si elle décidait de garder ses pistes ouvertes, en rappelant qu'ils se verraient imposer une «quarantaine» de 10 jours à leur retour.

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Particulièrement visée, l'Autriche est sur une toute autre ligne, bien qu'elle soit toujours considérée comme un territoire à risque. Une fermeture des stations aurait pour but d'éviter « un deuxième Ischgl », du nom de la ville qui, début 2020, avait fait les gros titres. Des milliers de touristes s'y étaient infectés, contribuant ensuite à la propagation du virus en Europe, et particulièrement en Allemagne. Pour l’heure, les stations autrichiennes sont fermées dans le cadre d’un confinement national, qui doit être levé le 7 décembre.

Mais le pays ne s’est pas encore positionné pour la suite. « Si l'Union européenne oblige les domaines skiables à rester fermés, cela entraînera une perte de 2 milliards d'euros pour laquelle elle devra payer », a déclaré Gernot Blümel, le ministre des Finances, d’après une estimation des recettes du mois de décembre et des vacances de Noël.

Un peu plus à l'Est, la Pologne a décidé d'ouvrir ses pistes cet hiver, mais uniquement pour la population locale et pendant les vacances scolaires. Toutefois, le porte-parole du ministère de la Santé, Wojciech Andrusiewicz, a déclaré qu'il prendrait des mesures pour limiter les déplacements dans le pays et que les Polonais ne devraient pas compter sur la possibilité de converger vers les montagnes.


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Une concurrence «déloyale» ?

Les stations d'Andorre (ici Grandvalira) sont sous pression pour ne pas ouvrir à Noël. Adobe Stock

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Notre voisin direct l'Italie , avec qui la France partage quelques domaines skiables comme l'espace San Bernardo qui unit La Rosière (Savoie) et La Thuile (Vallée d'Aoste) joue de son côté la carte de la prudence sanitaire. Les photos polémiques d’une foule aux caisses de la station de Cervinia, le week-end du 28 octobre, ont incité le gouvernement à pencher pour la fermeture des stations italiennes. « Affronter les fêtes à la neige sans restriction serait irresponsable », a asséné le président du conseil, Giuseppe Conte. Comme en France, les régions des Dolomites, de la Lombardie, du Piémont et du Val d’Aoste sont classées rouge au regard de la circulation du virus.

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Simultanément à cette annonce de Giuseppe Conte, la conférence des régions approuvait le protocole sanitaire défendu par les provinces du nord pour ouvrir avec une capacité réduite de moitié dans les télécabines et un seuil maximal de skieurs par domaine. Les travailleurs de la filière espèrent des discussions d’ici le 4 décembre, date du prochain décret, à laquelle sera prise la décision officielle. Dans un pays où Noël et l’avant-saison pèsent plus lourd qu’en France (40% de l’hiver), un tiers des recettes générées chaque année par les stations de ski italiennes provient des jours passés dans les Alpes et les Dolomites pour les fêtes de fin d’année.

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France, Allemagne et Italie vont devoir composer avec un voisin commun, la Suisse, qui annonce un Noël presque « open bar », tant pour ses ressortissants que pour les voyageurs français. «La fermeture n’est pas une option. On mangera et skiera dans les stations à Noël», assurait la semaine passée Christophe Darbellay, président du Conseil d’État valaisan. Ce dernier se dit prêt pour la saison, avec des protocoles sanitaires étudiés : port du masque, distance à respecter dans les files d’attente, jauge appliquée aux remontées mécaniques… En Valais, la réouverture des bistrots est prévue pour la mi-décembre, sauf catastrophe sanitaire. «Il est primordial que les restaurants puissent rouvrir et que les gens puissent se réchauffer entre deux descentes», souligne Bruno Huggler, directeur de Crans-Montana Tourisme, excluant le take-away comme une solution durable.

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De son côté, la Principauté d’Andorre et ses trois stations (Grandvalira, Ordino-Arcalis, Pal-Arinsal) font finalement profil bas, devant l'ire française. Le pays prévoyait une ouverture de ses remontées mécaniques et des domaines skiables le 4 décembre, finalement repoussée au 19 décembre (France et Espagne seraient déconfinés à cette date) et incluant les restaurants, les bars et les hôtels -qui n'ont jamais fermé leurs portes-, indiquait en fin de semaine dernière au Figaro l'office de tourisme national.

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Théoriquement, rien n'empêche le confetti pyrénéen d'ouvrir ses stations de ski, mais la France, où les remontées mécaniques n'entreront en service qu'en janvier, dispose d'une grand influence dans ce pays de 70.000 habitants, puisque le président français y est co-chef d'Etat. «Toutes les possibilités sont sur la table», rétropédalait vendredi dernier le chef du gouvernement, Xavier Espot, après une réunion avec divers dirigeants, politiciens et cadres de toutes les stations de ski pour évaluer le lancement de la saison.

Il a précisé que la France n'avait formulé aucune demande officielle. «Nous devons voir quelle est la meilleure décision pour les intérêts de notre pays», a-t-il ajouté. La saison de sport d'hiver en Andorre pèse 30 à 40% du PIB. La moitié des skieurs qui se rendent en Andorre sont des Espagnols. Madrid n'a pas encore pris position sur la réouverture des stations de ski espagnoles dont cetaines, en Catalogne, seraient facilement accessibles aux skieurs du sud-ouest de la France.

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