Chère aux Parisiens, la Grande Poste du Louvre s'invente une vie de 5-étoiles

Il y a 1 semaine 28

À l'angle des rues du Louvre et Étienne Marcel, la seule poste de Paris ouverte toute la nuit laissera place, début 2022, à un complexe composé de bureaux, de commerces mais aussi d'un hôtel de luxe. Son fondateur et directeur artistique, l'entrepreneur iconoclaste Laurent Taïeb, nous en dit plus.

La première phase du chantier de la « Grande Poste » vient de se terminer. Rue du Louvre, à l'angle des rues Étienne Marcel et Jean-Jacques-Rousseau, Dominique Perrault, l'architecte de la BnF, a livré un lieu « dédié aux nouveaux usages de la ville d'aujourd'hui », en signant son ouvrage de sa couleur fétiche, le noir. «C'est la couleur du chic français», se réjouit Laurent Taïeb, fondateur et directeur artistique du 5-étoiles qui doit ouvrir en janvier 2022 dans cet îlot architectural, où s'installeront également des bureaux, des commerces, une halte-garderie et le plus grand commissariat de police du 1er arrondissement de Paris. Un changement radical de destination pour ce bâtiment de La Poste cher aux Parisiens.

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C'était le seul bureau français à être ouvert toute la nuit. L'agence était précieuse pour qui réalisait in extremis des démarches administratives avec date butoir telle que sa déclaration ou le paiement d'impôt… Au XIXe siècle, l'architecte Julien Guadet avait repris les codes du baron Haussmann pour dessiner son impressionnante enveloppe de pierre abritant 32.000 m² d'immenses plateaux, d'impressionnantes structures métalliques faites d'arcades et de poutres treillis, et l'atelier central sous verrière.

Le Figaro en parle dès le 14 juillet 1888 : « Surprise : ce matin, à huit heures, tous les services, sans exception, des postes et télégraphies de la ville de Paris fonctionnent au nouvel Hôtel des Postes. C'est un véritable événement », lit-on dans les « Nouvelles diverses ». Puis, le 25 juillet, nouvel article : « En dehors du public spécial qui va à la poste pour y expédier ses correspondances et ses échantillons, toucher ou lancer des mandats, libeller ses télégrammes, etc., de nombreuses personnes visitent depuis dix jours d'Hôtel des Postes dans le seul but de satisfaire leur curiosité, (…). De fait, le spectacle est d'un indéniable intérêt. »

Ce que nous créons ici correspond à un nouveau type de consommation. Ce n'est pas qu'une nuit d'hôtel, pas qu'un bar, c'est un ensemble.

Laurent Taïeb, fondateur et directeur artistique du Grand Hôtel de la Poste

Le futur Grand Hôtel de la Poste entend aussi surprendre en brassant aussi bien les touristes que les riverains. Casque vissé sur la tête, Laurent Taïeb nous guide sur ce qui est désormais son chantier, en partant du sous-sol, « comme si nous allions livrer l'hôtel et le restaurant », commente-t-il. « C'est quelque chose d'assez magique. Il y a de vrais quais de livraison. Ce sont des espaces totalement disproportionnés par rapport à ce qu'un hôtel en plein Paris pourrait s'offrir, mais qui bénéficient à tous les autres commerces. »

Nous voici à l'angle de la cour Gutenberg. « Peu de gens la connaissent, car elle était occupée par une rampe toujours pleine de camions. C'est une rue privée dans laquelle nous allons installer les tables de la brasserie. Quatre-vingts mètres de long exposés sud-ouest. On y sera comme dans un havre de paix », promet-il.
L'entrée de l'hôtel est minuscule. « C'est un vrai choix. Je voulais que devant l'immensité de ce bâtiment, les gens arrivent par une porte dérobée, de manière extrêmement discrète. Des concierges vous accueillent. Et à partir du moment où vous marchez, le spectacle commence ».

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Le bâtiment n'est pas classé. Mais les volumes sont magnifiques : huit mètres de hauteurs sous des plafonds inscrits à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques. Dans le rez-de-chaussée de 300 m² se construisent un bar pour une centaine de personnes et une brasserie d'environ 80 couverts. « Je veux en faire un lieu de vie tout public, ouvert de 8 heures à 2 heures du matin. » Un leitmotiv pour cet entrepreneur iconoclaste qui se lance dans l'univers de l'hôtellerie après avoir créé des lieux de vie devenus iconiques dans la restauration à Paris : le café du Trésor dans le Marais, Bon, rive gauche, Lô Sushi, mitoyen des Champs-Élysées, Kong au sommet de la Samaritaine. « Ce que nous créons ici correspond à un nouveau type de consommation. Ce n'est pas qu'une nuit d'hôtel, pas qu'un bar, c'est un ensemble », explique-t-il.

Portrait de Laurent Taïeb, fondateur et directeur artistique de l'Hôtel de la Poste du Louvre. Il pose sur la terrasse du futur hôtel à Paris. JC MARMARA / LE FIGARO

Un jardin sur le toit

L'histoire affleure. Au rez-de-chaussée, « Dominique Perrault n'a quasiment rien touché. Tout juste s'est-il autorisé une réinterprétation des façades vitrées », souligne notre hôte. Des artisans d'art sont à l'œuvre : les ateliers Gohard pour les patines, Lachapelle pour l'agencement d'époque, Mathieu Lustrerie pour des luminaires d'exception. L'ascenseur élève vers la modernité. Quatre-vingt-treize chambres, dont onze juniors suites occupent le troisième étage, à l'emplacement des édicules, petites cabanes de locaux techniques que l'architecte de la BnF a rasé.

Le couloir épouse les contours des quatre rues de l'îlot. Quarante-neuf chambres s'ouvrent sur un intérieur pensé comme une cour à l'italienne, avec des loggias et balcons en quinconce, habillés de résilles de fer végétalisées. Trente-trois autres sont tournées vers l'extérieur muséal des toits de zinc et monuments de la capitale, dont l'esthétique éclate comme dans un tableau dans l'encadrement des fenêtres. La 380, avec vue sur la tour Eiffel, est conçue tel un atelier d'artistes avec une hauteur sous plafond variant de 3 à 4,20 mètres et des Velux sous le rampant. Une chambre spacieuse, 35 m², soit dix de plus que la plus petite, et dix de moins que les suites, qui évoquent de petits lofts.

Dans cette dernière catégorie, la plus spectaculaire est déjà la 347 : une grande entrée, un petit salon et l'on débouche sur une vaste chambre dont les baies vitrées font entrer la singulière beauté des toits du vieux Paris étincelants sous le ciel changeant et de ses monuments. Le lit sera dans l'axe de Notre-Dame et du Panthéon. Entre les murs encore blancs et les poutres de métal noir, il n'y a rien encore. Mais « ce sera très chaleureux, promet Laurent Taïeb. Il y aura beaucoup de bois, un parquet en chêne, des tissus sur les murs. Les arbitrages se feront quand nous aurons la chambre témoin, fin février ».

Un restaurant vaste et lumineux ouvre sur un patio de bois et de métal végétalisé, coiffé de panneaux solaires. Pas de piscine prévue, mais un espace bien-être, et des tarifs étonnamment abordables pour un 5-étoiles, « à partir de 380 euros la nuit ». Le clou de la visite se trouve sur le toit. Ce « rooftop » s'annonce comme le prochain spot de la capitale. C'est un jardin suspendu de 1000 m², 70 arbres, où il y aura des canapés, des coussins, des tables, des transats. Et cette vue, inouïe sur l'église Saint-Eustache, les terrasses volées, la Bourse du commerce transformée en musée privé pour la fondation d'art contemporain de François Pinault. On s'imagine y prendre verre, s'y installer pour écouter un concert… Paris est une fête.

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