Bretagne : le temps dure plus longtemps aux Onze écluses

Il y a 2 mois 56

« Les autocars qui s'arrêtent trois minutes sur le pont pour admirer les Onze écluses, ça me fait bien rigoler », ironise Jean-Michel Moraldo, président de l'association de la Maison du Canal, à Hédé-Bazouges (Ille-et-Vilaine), en buvant son petit blanc. Mieux que quiconque, ce sexagénaire au physique de vieux loup de mer sait que ce site, l'un des plus remarquables de la Bretagne romantique, à 24 kilomètres au nord de Rennes, ne se dévoile qu'à ceux qui osent prendre le temps.

Le temps de flâner, d'observer et d'attendre le passage d'une embarcation sur le canal d'Ille-et-Rance. 500 bateaux y défilent en moyenne de fin mars à fin octobre. Dans cet environnement artificiel créé par l'homme au XIXe siècle, la nature est verdoyante, calme et reposante. Vu d'en haut, l'alignement des Onze écluses offre une magnifique perspective bucolique. A vélo ou à pied, on les remonte une à une en empruntant le chemin de halage à l'ombre des châtaigniers et des hêtres séculaires.

Trois heures pour toutes les passer

Pas difficile d'imaginer que cette surprenante succession d'ouvrages d'art fluvial relève de la prouesse technique. Séparées de 200 à 300 mètres chacune sur une longueur totale de 2 kilomètres, les écluses sont comme les barreaux d'une échelle d'eau permettant de franchir un dénivelé de 27 mètres. « Il faut compter environ trois heures pour toutes les passer en bateau », explique en bon connaisseur Jean-Michel. Cet ancien éducateur et marinier a baladé durant 30 ans sa péniche Neptune sur ce canal qu'il connaît par cœur.

Les écluses aux grands murs de granit et aux solides et énormes portes en chêne n'ont aucun secret pour lui. « Y faire entrer une embarcation de 90 tonnes, longue de 30 mètres avec seulement 7 centimètres de marge sur le côté et tout cela sans frein, c'était loin d'être évident », se souvient-il. Se promener aux Onze écluses est aujourd'hui l'occasion de visiter le musée de la Maison du canal qui propose des balades patrimoniales tous les jeudis en été. Mais aussi d'admirer les maisons éclusières construites à l'ère napoléonienne qui ont accueilli des générations d'hommes et de femmes au service du canal.

Une nuit dans un box à cheval

Plusieurs d'entre elles ont été réhabilitées il y a quelques années par la région Bretagne qui en a confié les clés à des porteurs de projets désireux de leur redonner vie. C'est le cas de la « Petite Madeleine » investie depuis 2014 par Catherine Saint-James et sa famille. Ils y habitent toute l'année et ont créé sur place une offre d'hébergements insolites, l'Ille flottante. « On peut passer la nuit sur l'eau à bord de toues cabanées (une sorte de bac), à terre sur un voilier échoué dans la prairie ou encore dans d'anciens box à chevaux » transformés en chambres rustiques et charmantes.

La terrasse à l'ambiance guinguette est une halte incontournable pour tous les cyclistes qui veulent se désaltérer avant de remonter en selle pour la suite de leur périple. Et pour ceux qui veulent goûter au plaisir de naviguer, Catherine propose de la location de petits bateaux sans permis. Vitesse maximale autorisée : 6km/h. La vie sur le canal est un éloge à la lenteur.

Lire la Suite de l'Article