Au cœur du refuge naturel de la forêt de Saoû, dans la Drôme

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C'est un lieu unique au monde. Un « synclinal perché » parfait, curiosité géologique formée au crétacé supérieur (il y a 85 millions d'années) que l'on pourrait comparer à une coque de navire. A Saoû, dans la Drôme, cette cuvette de 12,5 km de long et de 2,5 km de large renferme, à l'intérieur de sa muraille naturelle, une forêt de 2 500 ha à la biodiversité végétale et animale exceptionnelle. « On compte 120 espèces d'oiseaux nicheurs, de l'aigle royal au roitelet en passant par le vautour fauve et le pic noir, explique, en traçant son chemin sous la haute futaie, Bernard Foray-Roux, géographe, fin connaisseur de la forêt de Saoû. Dans la rivière, on trouve aussi salamandres, grenouilles, écrevisses… Dans les sous-bois, des espèces d'insectes rares en Europe comme la rosalie des Alpes. Côté mammifères, le sanglier, le chamois, le chevreuil, la marmotte, et même le loup. »

Mais s'il sert de refuge à la faune, ce lieu parfaitement clos, classé espace naturel sensible, dans lequel on pénètre par une petite ouverture naturelle, le Perthuis, a aussi, au cours des siècles, servi d'abri à l'homme. Pas de traces d'habitats pourtant. « Au néolithique, il était certainement perçu comme un piège duquel il était impossible de fuir », estime l'écrivain, auteur d'une douzaine d'ouvrages dont « Théodore et Leloup » qui se déroule justement dans la forêt de Saoû. Lorsque les Romains se sont installés dans la région, ils ont pour les mêmes raisons, préféré la plaine à cet espace clos.

Un lieu de confinement

« Mais la forêt de Saoû a régulièrement servi de refuge à l'homme pendant les grandes épidémies, raconte Bernard Foray-Roux. Pendant la peste noire qui a décimé près de la moitié de l'Europe au XIVe siècle. Pendant la grippe espagnole et toutes les épidémies importées des bateaux qui remontaient la vallée du Rhône. » La forêt de Saoû, comme lieu de confinement à travers l'histoire en quelque sorte, pour se mettre à l'abri des pandémies. Mais aussi, au cours des siècles, pour échapper aux invasions.

En remontant, on tombe sur une clairière surmontée d'une tribune naturelle sculptée à flanc de falaise. Refuge de nuit pour les huguenots qui se retrouvaient ici en assemblées clandestines, dans le camp de l'Eternel, pendant les guerres de religion.

Plus à l'est, à flanc de falaise, on découvre des ruines de murs. « D'anciennes maisons semi-troglodytes, alignées le long de la falaise, précise le guide. Elles datent des années 1700 et abritaient les bergers et les charbonniers. »

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la forêt de Saoû, était aussi un précieux refuge pour les maquisards. En 2005, cet espace hors du temps a servi de camp de retranchement aux électrosensibles, qui ont trouvé ici un site préservé de tout réseau téléphonique.

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Contact du guide : bernard.foray-roux@orange.fr

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